Mythologie Nordique

Les Vikings dans le monde islamique

La plupart des récits sur les Vikings se focalisent sur leurs activités à l’ouest :


leurs raids en Angleterre et en France, la colonisation de l’Islande et du Groenland, ou encore leurs expéditions vers le Nouveau Monde autour de l’an 1000.

Mais aujourd’hui, l’archéologie met de plus en plus en lumière leur présence à l’est, là où ils ont côtoyé le monde islamique.

Leur relation avec ces peuples de l’est était toutefois très différente de celle qu’ils entretenaient avec leurs voisins chrétiens de l’ouest.

Allah dans l’archéologie

Bague retrouvée dans une sépulture suédoise du IXe siècle, portant une inscription au nom d’Allah.
Source : Musée national d’histoire de Suède

La présence du nom d’Allah dans des contextes archéologiques vikings a récemment ravivé l’intérêt pour les liens entre les Vikings et le monde islamique.

L’une des découvertes les plus marquantes remonte à 2015 : une bague retrouvée dans la tombe d’une femme suédoise du IXe siècle, à Birka, a été réexaminée et s’est révélée porter l’inscription “il-La-La”, autrement dit “pour Allah”.

Tout dans cette sépulture était typiquement scandinave, ce qui laisse penser que cette bague a été obtenue par le biais du commerce, et qu’elle constitue un cas archéologique plutôt exceptionnel.

Textile provenant de Gamla Uppsala, brodé avec le nom d’Allah.
Source : Musée national d’histoire de Suède

Mais en 2017, des chercheurs suédois ont commencé à analyser des textiles retrouvés dans des tombes du IXe et Xe siècle à Gamla Uppsala, en Suède. Ces tissus provenaient d’Asie, de Perse et de Chine.

Ils ont découvert qu’un nombre étonnamment élevé de ces étoffes portaient le nom “Allah” brodé avec des fils précieux.

Au moins 10 % des 100 fragments examinés jusqu’à présent contenaient des caractères islamiques.


Soudain, la présence d’objets islamiques dans les tombes vikings ne semblait plus être une simple exception, mais un phénomène bien plus répandu.

Dirhams islamiques

Objets provenant du trésor de Bedale. Source : BBC

On sait depuis longtemps que les dirhams en argent des pièces frappées dans le monde islamique étaient particulièrement prisés par les Vikings, originaires d’une région dépourvue de ressources en argent.

Pas moins de 80 000 dirhams ont été découverts en Suède, la plupart datant des IXe et Xe siècles.

Leur valeur allait bien au-delà d’un simple « butin » : beaucoup de ces pièces ont été percées pour être portées en pendentif, probablement comme symboles de statut.

Des découvertes encore plus fascinantes ont récemment été faites lors de l’analyse du trésor viking en argent de Bedale, mis au jour dans le North Yorkshire.

On savait déjà que ce trésor contenait des dirhams, mais il s’avère aujourd’hui qu’une part encore plus importante de son argent provient du monde islamique.

Le trésor comprend 29 lingots d’argent. Si la majorité d’entre eux sont issus d’Europe de l’Ouest selon les analyses géochimiques, neuf lingots soit environ un tiers de l’ensemble proviennent du monde islamique, probablement des régions correspondant à l’actuel Irak et à l’Iran.

Un grand torque (collier rigide) attire également l’attention : il est composé de plusieurs anneaux torsadés, apparemment fabriqué à partir d’un alliage mêlant argent islamique et argent occidental, peut-être dans le nord de l’Angleterre.

Ces découvertes archéologiques poussent aujourd’hui les passionnés à reconsidérer ce que l’on croyait savoir des liens entre les Vikings et le monde islamique.

Cap sur l’Est

Une carte satirique de l’Europe selon les Vikings

Même si l’on connaît mieux les activités des Vikings à l’ouest, ils n’étaient jamais limités à un seul versant de l’Europe.

On sait qu’ils étaient actifs dans les Balkans dès le VIe siècle de notre ère.
De là, progresser vers l’est était une évolution naturelle.

Les Vikings ont également eu des contacts avec le monde islamique en Espagne au IXe siècle.

En 844, une importante expédition viking est lancée depuis une base en France, avec 54 navires.
Ils attaquent avec succès Lisbonne et Séville, et vont jusqu’à menacer Cordoue, la capitale d’Al-Andalus, avant d’être repoussés.

Les populations locales réagissent en fortifiant leurs villes côtières. Ainsi, lors du retour des Vikings en 859 avec une flotte encore plus grande, leurs attaques rencontrent beaucoup plus de résistance.

Leur flotte est en grande partie détruite, et les raids deviennent ensuite rares, même si des traces de commerçants vikings dans la région ont été retrouvées.

Pendant cette même période, les Vikings poursuivent leur avancée vers l’est en remontant la Volga.

Ils établissent des comptoirs commerciaux dans des zones qui deviendront peu à peu des villes à part entière, marquées par une forte influence viking orientale, comme Kiev ou Novgorod, qui développeront leurs propres fiefs à partir de la fin du IXe siècle.

Témoin varangien assistant à des funérailles impériales, chronique du XIe siècle de Jean Skylitzès

Les Vikings qui se sont aventurés vers l’est ont eu de nombreux contacts avec l’Empire byzantin, où ils étaient appelés les Varègues.

Ils commerçaient avec les Byzantins, leur apportant des fourrures précieuses et des esclaves en échange d’argent et d’autres richesses.

Ils servaient aussi comme mercenaires, notamment au sein de la célèbre Garde varègue, la garde personnelle de l’empereur byzantin.

Les Vikings étaient très actifs à l’est durant les IXe et Xe siècles.

L’un des derniers Scandinaves à avoir passé beaucoup de temps à Constantinople fut Harald Hardrada, qui, d’après la Heimskringla de Snorri Sturluson, servit dans la Garde varègue entre 1030 et 1042.

Il aurait combattu en Afrique, au Moyen-Orient et en Palestine, amassant une fortune qu’il envoya à Novgorod pour la mettre à l’abri.

Il utilisa ensuite cet or pour revenir en Norvège et revendiquer le trône.

Après cette période, les Vikings installés à l’est forment un groupe largement distinct, converti au christianisme et profondément influencé par la culture byzantine.

Échange culturel

Représentation d’un enterrement viking selon Ahmed Ibn Fadlan

Nous savons que les contacts entre les Vikings et les musulmans à l’est furent importants, notamment parce que plusieurs auteurs musulmans les ont documentés.

Le plus célèbre d’entre eux est le voyageur Ahmed Ibn Fadlan, au Xe siècle, qui a relaté en détail sa rencontre avec les Vikings installés le long de la Volga. Il décrit notamment les funérailles d’un chef viking, comprenant un sacrifice humain.

Son témoignage est le plus complet que l’on possède, mais il est loin d’être le seul à mentionner les saqalibah, terme utilisé pour désigner les Européens du Nord aux cheveux clairs.

On trouve aussi des références chez Yahya Ibn Hakam al-Bakri (772–866), Ahmad al-Ya’qubi (897–898), Ibn Khurradadhbih (820–910), al-Mas’udi (896–956), al-Muqaddasi (940–991), Miskawayh (932–1030), Ibn Rustah, Ibn Hawqal, Ibn Qutiya, et d’autres auteurs plus tardifs.

Ibn Rustah note que les Vikings prenaient soin de leur hygiène, une observation également faite par les Anglo-Saxons, qui remarquaient qu’ils se lavaient une fois par semaine et portaient des bracelets en or.

Il souligne aussi leur sens de l’hospitalité, leur façon de bien traiter les autres et de recevoir leurs invités.

D’autres sources les décrivent comme des adorateurs du feu, élément central dans leur vie quotidienne, sans doute en raison du climat froid dans lequel ils vivaient.

Il existe également des indices suggérant que certains Vikings se seraient convertis à l’islam, probablement pour faciliter les relations politiques, comme ils l’avaient déjà fait avec le christianisme.

Un géographe du XVIe siècle, Amin Razi, rapporte que les Vikings accordaient une grande importance à la consommation de porc, y compris ceux qui s’étaient convertis à l’islam et n’étaient donc plus censés en manger.

Pourquoi les activités des Vikings étaient-elles différentes à l’Est ?

Pièces arabes trouvées en Scandinavie

Pourquoi les Vikings ont-ils choisi de piller et même d’envahir l’Ouest occupant de larges parties de l’Angleterre alors qu’ils ont adopté une approche bien plus pacifique à l’Est, privilégiant le commerce, les alliances politiques et les contrats de mercenariat ?

Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer.

Les États orientaux étaient souvent mieux organisés et plus capables de se défendre contre des incursions vikings.

De plus, les Vikings n’avaient pas le même accès maritime à l’Est, ce qui rendait difficile le lancement de raids éclairs depuis la mer, comme ils le faisaient en Angleterre ou en France.

Mais surtout, les Vikings étaient des opportunistes.


Ils choisissaient de piller, commercer ou s’installer selon ce qui leur semblait le plus avantageux.

L’Orient regorgeait de richesses convoitées, et il était souvent plus rentable pour eux de se battre comme mercenaires au service de l’Empire byzantin que d’affronter directement cette puissance.